La pollution de l’air dans le débat pour la présidentielle

La pollution de l’air s’est enfin invitée dans le débat présidentiel. Quelques mois après le pic historique de cet hiver, les décideurs réagissent donc. L’enjeu est immense. Rappelons ce chiffre terrible: chaque année, 48 000 citoyens meurent de la pollution de l’air. Un quinquennat d’inaction, ce serait 200 000 morts, l’équivalent d’une ville comme Rennes ou Reims rayée de la carte !

La pollution de l’air tue d’avantage de Français que les attentats, les accidents et les guerres réunies. Cependant, on sent les candidats moins bien préparés sur cet enjeu particulier que sur les questions économiques ou de politique internationales. Mais le paradoxe de la situation tient à ceci: il s’agit tout simplement de faire respecter la loi et les engagements de l’Etat.

La commission européenne a récemment rappelé à l’ordre la France, parce qu’elle ne respecte pas ses engagements en matière de pollution de l’air. Il existe ainsi 19 zones dans notre pays (dont Paris, Marseille et Lyon) qui dépassent les seuils réglementaires pour le NO2 – l’un des principaux polluants. De l’aveu même du ministère de l’environnement, parmi les 12 polluants de l’air réglementés, 7 présentent des dépassements des normes de qualité de l’air pour la protection de la santé humaine. Principalement le NO2, l’ozone et les particules fines.

Que demande la commission européenne? Le respect des normes communes. Que demande l’association Respire, association nationale pour l’amélioration de la qualité de l’air? Le respect de la loi. Et c’est bien la moindre des choses!

On pourrait imaginer des objectifs plus ambitieux : celui du respect des normes de l’OMS, plus basses. Selon les études scientifiques, cela sauverait environ 18 000 vie par an en France! Cela semble plutôt normal dans un pays développé. On n’est pas en train de discuter de l’éradication de la poliomyélite en Somalie… Mais commençons par le début. Commençons par restaurer un état de droit environnemental.

Quelques exemples éclairciront cette idée. Il est de notoriété publique qu’aucun véhicule diesel en France ne respecte en conditions réelles les limites d’émission de Bruxelles. Certains constructeurs ont même délibérément faussé les tests. Ils doivent être punis et les véhicules fautifs doivent être changés rapidement!

En Île de France, plus d’1,5 millions de citoyens sont exposés à des niveaux de NO2 qui ne respectent pas la règlementation! Cette pollution est majoritairement d’origine automobile.

Mais il n’y a pas que les voitures et il n’y a pas que Paris. Les feux de cheminées, règlementés, ou le brûlage de déchets en extérieur, interdit par la loi, peuvent être extrêmement incommodants. Trop souvent, les maires, les gendarmes, voire le préfet, rechignent à intervenir: ils ne veulent pas froisser tel agriculteur ou tel habitant. Et ils les laissent empoisonner leurs voisins et enfreindre la loi! L’association Respire reçoit ainsi presque quotidiennement des appels, des témoignages et des demandes de citoyens abandonnés par l’Etat.

La prise de conscience qui traverse notre société sur la pollution de l’air atteint progressivement les décideurs, et ils commencent à s’emparer du sujet. C’est une bonne chose.

S’ils cherchent à résoudre le problème, qu’ils et elles commencent, tout simplement, par faire respecter les seuils légaux des différents polluants atmosphériques. Qu’ils instaurent non seulement une obligation de moyen mais aussi une obligation de résultats sur ce sujet, à tous les niveaux de l’état et dans le respect du principe de subsidiarité. Qu’ils fassent appliquer la loi!

Concrètement, il existe pour une infinité de mesures, au niveau national ou local, parmi lesquelles chacun des candidats pourra piocher, de la neutralité fiscale sur le diesel aux aides pour aider les ménages à s’équiper d’inserts dans leur cheminée ou à l’incitation au covoiturage domicile travail.

Face à cette abondance de solutions, la pollution de l’air se révèle ainsi pour ce qu’elle est, fondamentalement: un problème politique. Car ce n’est que la pusillanimité des décideurs qui explique la gravité de la situation actuelle. Et il tient aux hommes et aux femmes qui veulent diriger demain notre pays de montrer qu’ils ont le courage et la clairvoyance pour résoudre le problème.

(Le texte original a été publié sur le Huffington Post le 21 mars 2017)

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